Ryanair et les droits des passagers : des condamnations judiciaires aux difficultés d’indemnisation
Enquête sur les jugements français, l'affaire UFC-Que Choisir, les témoignages et la procédure d'indemnisation Ryanair.

Obtenir gain de cause face à une compagnie aérienne peut prendre bien plus de temps que le vol qui a donné naissance au litige. Formulaires, justificatifs, contestations : certains passagers de Ryanair décrivent un parcours difficile pour obtenir une indemnisation ou le remboursement de dépenses. Ces témoignages ne suffisent pas à établir une faute. En revanche, plusieurs décisions de justice françaises permettent de comprendre ce qui se joue lorsqu’un transporteur refuse une demande.
Deux jugements prononcés en septembre 2026 éclairent cette question. Ils concernent des dossiers individuels et s’inscrivent dans le prolongement d’un contentieux plus vaste engagé par l’UFC-Que Choisir, finalement clos par un accord transactionnel. Ensemble, ces affaires montrent les obstacles pratiques à l’exercice des droits des voyageurs, sans suffire à caractériser une politique générale de refus.
De la condamnation UFC-Que Choisir à l’accord avec Ryanair
Le 12 décembre 2023, le tribunal de commerce d’Aix-en-Provence a condamné Ryanair à verser 150 000 euros de dommages-intérêts à l’UFC-Que Choisir en réparation d’une atteinte à l’intérêt collectif des consommateurs. L’action concernait plusieurs dizaines de passagers confrontés à des retards importants, des annulations ou des refus d’embarquement entre avril 2016 et juillet 2019. Cinquante-sept voyageurs éligibles se sont également vu attribuer 250 euros chacun de dommages-intérêts complémentaires, en plus des indemnités réglementaires. Dans ces dossiers, le tribunal a notamment retenu une résistance abusive. La décision comportait aussi une obligation de publicité judiciaire, comme l’a expliqué l’UFC-Que Choisir.
Cette condamnation n’est toutefois pas la fin de l’histoire. Ryanair a interjeté appel. Le 18 novembre 2024, les parties ont conclu une transaction, homologuée par la cour d’appel d’Aix-en-Provence le 12 février 2025. La cour a constaté le désistement des appels, sans confirmer au fond la totalité du jugement initial. Les conditions financières détaillées de la transaction ne sont pas établies par les pièces publiques consultées : il serait donc inexact de présenter la somme de 150 000 euros comme définitivement versée à l’association. L’arrêt du 12 février 2025 permet de suivre cette évolution.
Un changement concret est néanmoins intervenu. En janvier 2025, la compagnie et l’UFC-Que Choisir ont annoncé un dispositif spécifique de transmission des demandes d’indemnisation, pour certains vols au départ ou à l’arrivée de France. Ce canal destiné aux réclamations accompagnées par l’association est présenté comme un moyen de simplifier les démarches. Le contenu de l’accord de janvier 2025 est public ; en revanche, il ne fournit pas un bilan chiffré permettant de mesurer les délais et les résultats obtenus depuis son lancement.
Le parcours de réclamation à l’épreuve des voyageurs
Ryanair encourage les passagers à utiliser directement ses formulaires, plutôt que des intermédiaires qui prélèvent parfois des commissions. Son centre d’aide de Ryanair prévoit l’identification de la réservation, la connexion au compte myRyanair et des vérifications d’identité. Ces contrôles ne sont pas abusifs par nature : ils répondent aussi à des exigences de sécurité et de paiement au bon bénéficiaire.
La procédure distingue toutefois l’indemnisation forfaitaire du remboursement des dépenses engagées pendant une perturbation. Un voyageur qui a subi une annulation, acheté un billet de remplacement et payé un hébergement peut devoir présenter plusieurs demandes. La distinction est juridiquement fondée, mais elle n’est pas toujours intuitive. Les règles européennes rappellent qu’une circonstance extraordinaire peut écarter l’indemnité forfaitaire sans supprimer automatiquement les obligations d’assistance ou de réacheminement.
En juillet 2026, un internaute racontait, après une annulation entre Barcelone et Bologne, avoir été renvoyé à plusieurs reprises vers des formulaires qui ne correspondaient pas à sa demande. Il a ensuite indiqué avoir pu soumettre ses frais en empruntant un autre parcours. Son récit est consultable dans la discussion originale. En août, un autre voyageur déclarait avoir éprouvé des difficultés à réclamer un transport terrestre après un déroutement de Malte vers Trapani : il expliquait que le formulaire semblait analyser la durée du retard alors qu’il cherchait le remboursement de dépenses engagées pour atteindre Catane. Le témoignage publié en août illustre cette confusion alléguée entre deux droits distincts.
Les témoignages cités montrent les difficultés décrites par certains voyageurs, mais ne prouvent pas à eux seuls un manquement. AeroSillage renvoie aux publications originales sans disposer de tous les justificatifs ni de la réponse détaillée de Ryanair dans chacun de ces dossiers.
D’autres passagers mettent en cause les explications reçues après des retards, notamment lorsque le motif de l’incident paraît différent de celui évoqué à l’aéroport. Or une rotation peut cumuler plusieurs événements : problème technique, météo ou restrictions du contrôle aérien. Un désaccord entre un témoignage et une réponse de la compagnie ne prouve donc ni une fausse déclaration ni une intention d’échapper au paiement. En droit européen, le transporteur doit néanmoins démontrer les circonstances extraordinaires invoquées et les mesures raisonnables prises. Les défaillances techniques ordinaires ne suffisent généralement pas à l’exonérer.
Deux nouvelles décisions en septembre 2026
Le 11 septembre, le tribunal de commerce de Nice s’est prononcé dans un dossier porté par Skycop, titulaire d’une créance d’indemnisation. Le jugement du tribunal de commerce de Nice a accordé 250 euros d’indemnisation et 200 euros pour un manquement à l’obligation d’information, ainsi que 771,84 euros de frais de procédure et les dépens. Il a en revanche rejeté la demande de dommages-intérêts fondée sur une prétendue résistance abusive. L’affaire a été jugée en dernier ressort.
Le 29 septembre, le tribunal de commerce d’Aix-en-Provence a condamné Ryanair au paiement de 250 euros pour le vol FR5163 du 19 mai 2025, auxquels s’ajoutent 500 euros de frais de procédure et les dépens. Dans ses écritures, la compagnie contestait des aspects procéduraux mais ne s’opposait pas, à titre subsidiaire, à l’indemnisation réglementaire. Le jugement d’Aix-en-Provence a rejeté les demandes additionnelles pour défaut d’information et résistance abusive. Le tribunal a également rejeté les demandes reconventionnelles de Ryanair visant plusieurs clauses des conditions générales de Skycop, faute pour la compagnie de justifier d’un intérêt à agir sur ces contrats auxquels elle n’était pas partie. Le jugement a été rendu en premier ressort, avec exécution provisoire de droit ; aucun éventuel appel ultérieur n’a pu être confirmé à la date de cette enquête.
Le passager reste néanmoins confronté à une difficulté pratique : pour contester un refus, il doit distinguer les droits applicables, conserver les communications reçues, établir ses dépenses et parfois recourir à la médiation ou à un tribunal. Depuis février 2026, la procédure judiciaire française de certains contentieux aériens est devenue plus formalisée, une évolution critiquée par l’UFC-Que Choisir. Pour quelques centaines d’euros, le coût et la complexité d’un recours peuvent prendre une importance considérable.
Ryanair indique examiner les réclamations au cas par cas, invoquer les circonstances extraordinaires lorsque les conditions légales le permettent et orienter les passagers mécontents vers les voies de recours compétentes. Les positions de la compagnie rapportées ici proviennent de ses communications publiques : elle n’a pas été sollicitée sur les témoignages individuels présentés dans cet article.
Une donnée essentielle manque encore pour mesurer le phénomène : la proportion de réclamations rejetées puis acceptées après contestation, et sa comparaison avec d’autres compagnies européennes. Sans statistiques comparables, les décisions évoquées ici ne permettent pas d’établir un classement des transporteurs les plus condamnés. Elles montrent néanmoins pourquoi l’accès effectif à l’indemnisation compte autant que le droit inscrit dans les textes. Pour les démarches, consultez notre guide des droits des passagers en cas de retard ou d’annulation.




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