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Air Corsica en difficulté, quel avenir pour la compagnie ?

Air Corsica doit composer avec 69 départs volontaires, cinq ATR immobilisés et l'échéance des contrats de 2027. Ses comptes révèlent une fragilité réelle, sans faillite annoncée.

ATR 72-600 d'Air Corsica, immatriculé F-HXKY, photographié à l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry en mars 2024.
Photo : Steve Knight / Wikimedia Commons, CC BY 2.0

Air Corsica en difficulté affronte cinq ATR immobilisés, 69 départs volontaires validés et le renouvellement de ses contrats publics fin 2027. La direction a défendu sa transformation le 2 novembre 2026. Ses derniers comptes annuels publiés montrent une perte d’exploitation de 10,1 millions d’euros en 2024. La compagnie n’a cependant annoncé aucune cessation d’activité. L’enjeu est de retrouver un équilibre sans fragiliser les liaisons indispensables entre la Corse et le continent.

Cinq ATR au sol, une facture d’environ un million d’euros par mois

La crise technique pèse déjà sur les opérations. Depuis septembre, Air Corsica maintient à l’arrêt cinq de ses sept ATR 72-600 par précaution. Des équipages ont signalé à plusieurs reprises des odeurs inhabituelles, notamment dans les postes de pilotage. L’origine du phénomène n’est pas établie. Aucun défaut général du modèle ATR 72-600 n’a été démontré.

Pour poursuivre ses vols, la compagnie recourt à des appareils de remplacement affrétés auprès d’autres transporteurs. Début octobre, Pierre Muracciole, président du directoire, évaluait ces affrètements à environ un million d’euros par mois. Le chiffre a été repris le 3 novembre par Le Journal de l’Aviation. Cependant, il s’agit d’une estimation, non d’une facture définitive.

En pratique, ces substitutions permettent de maintenir des liaisons, mais elles compliquent l’exploitation et alourdissent les coûts. Elles peuvent aussi modifier l’avion prévu pour un trajet. En revanche, aucun bilan vérifié ne permet d’attribuer un nombre précis d’annulations à cette seule crise technique.

Le dernier compte rendu public consulté, daté du 3 novembre, évoque toujours cinq ATR immobilisés. Aucun calendrier général de remise en service n’y est confirmé. AeroSillage a déjà détaillé les investigations sur les ATR d’Air Corsica.

69 départs volontaires validés pour réduire les coûts

La deuxième difficulté est sociale. Le plan de transformation Tocc’à Noi prévoit 69 départs volontaires validés, échelonnés jusqu’en mars 2027. Ils concernent des personnels au sol et des personnels navigants commerciaux. Ces départs ne signifient pas que 69 salariés ont déjà quitté l’entreprise.

Le mécanisme repose sur une rupture conventionnelle collective. Autrement dit, il organise des départs négociés, avec des conditions d’éligibilité et des mesures d’accompagnement. L’accord collectif signé le 20 mars 2025 prévoit un plafond de 70 départs pour les catégories concernées.

Le 2 novembre, Marie-Hélène Casanova-Servas a défendu ces choix dans une communication officielle relayée par Air Corsica. La présidente du conseil de surveillance met en avant la préservation de l’entreprise, la mobilité interne et la capacité à investir. Selon la direction, le conseil de surveillance avait adopté le plan à l’unanimité au printemps 2025.

Toutefois, les syndicats ne partagent pas cette lecture. Le Syndicat des travailleurs corses a suspendu sa participation au dialogue social sur la transformation. De son côté, le SNPL a dénoncé en octobre l’externalisation de certaines activités et la dégradation de services. Un accord a mis fin à la grève des pilotes le 12 octobre. Pourtant, la contestation du plan dépasse ce conflit salarial.

188,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, mais des pertes

Les comptes sociaux 2024 d’Air Corsica éclairent les fragilités de son modèle. La compagnie a réalisé 188,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 173,6 millions en 2023. Pourtant, son exploitation est restée déficitaire de 10,1 millions d’euros.

Cette perte s’était toutefois nettement réduite : elle atteignait 27,2 millions en 2023. Le résultat net de 2024 était négatif de 1,43 million d’euros. Des éléments financiers et exceptionnels expliquent en partie cette différence.

Autre donnée essentielle : Air Corsica affichait 57,3 millions d’euros de trésorerie nette positive fin 2024. Cela interdit d’assimiler ses pertes d’exploitation à une absence de liquidités. En revanche, cette situation arrêtée au 31 décembre 2024 ne dit pas combien la compagnie possède aujourd’hui.

Les mêmes documents chiffrent la compensation liée à la continuité territoriale à 84 millions d’euros en 2024, contre 73,5 millions en 2023. Ces montants illustrent le poids du service public dans l’équilibre de l’entreprise. Le transporteur avait assuré 2,27 millions de voyages passagers cette année-là, selon son rapport de gestion.

La direction vise un retour à un résultat positif en 2027. Pour l’heure, aucun compte annuel 2025 ou 2026 vérifié ici ne permet de mesurer l’effet global des économies et des coûts techniques récents.

Fin 2027, douze liaisons corses devront préparer la suite

Au-delà des comptes, l’échéance est politique et économique. Les contrats de desserte aérienne de service public expirent le 31 décembre 2027. Ils concernent les liaisons entre Ajaccio, Bastia, Calvi et Figari et trois aéroports du continent : Marseille, Nice et Paris-Orly.

Selon l’Office des transports de la Corse, le dispositif couvre douze lignes réparties dans dix conventions. Les compagnies retenues doivent respecter des obligations de fréquence, de capacité, d’horaires et de tarifs. Elles reçoivent en contrepartie des compensations prévues aux contrats.

Pour les habitants, la différence est concrète. Les vols servent aux rendez-vous médicaux, aux déplacements professionnels et aux voyages familiaux, même en dehors de la saison touristique. Une réduction de fréquence ou des horaires moins adaptés pourrait compliquer ces trajets. Aucune réduction générale des dessertes après 2027 n’est toutefois annoncée.

Le renouvellement devra fixer les conditions du service à partir de 2028. Il ne signifie ni fermeture automatique des lignes ni disparition annoncée d’Air Corsica. Mais la capacité de la compagnie à proposer une offre fiable et soutenable sera déterminante. AeroSillage a déjà expliqué le fonctionnement du service public aérien corse.

Un huitième Airbus A320 étudié, sans commande ferme

Air Corsica cherche aussi à moins dépendre des contrats publics. La direction étudie l’arrivée d’un huitième Airbus A320 en 2027 et le renforcement de lignes commerciales. Elle espère ainsi élargir ses recettes tout en conservant les dessertes essentielles.

Cette option reste à l’étude. Aucun achat ferme du huitième appareil n’a été confirmé. Une nouvelle ligne n’est toutefois pas automatiquement rentable : elle doit attirer assez de voyageurs pour couvrir ses coûts, y compris hors saison.

À court terme, trois résultats permettront de juger le redressement : le retour des ATR immobilisés, l’évolution des comptes et les effets du plan social. Ensuite viendra la préparation des contrats de 2028. C’est sur ces décisions, plutôt que sur une hypothèse de faillite non établie, que se joue l’avenir d’Air Corsica.

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