Royal Air Maroc renforce sa flotte, mais le bond annoncé de ses bénéfices reste incertain
Royal Air Maroc renforce sa flotte avant d'augmenter ses fréquences vers Toronto, São Paulo et Pékin à partir du 26 octobre 2026. La forte hausse de bénéfices évoquée dans la presse n'est pas confirmée par des résultats officiels.

À Casablanca, Royal Air Maroc étoffe sa flotte avant d’augmenter, à partir du 26 octobre, ses fréquences vers Toronto, São Paulo et Pékin. Un Embraer E190 a rejoint la compagnie le 21 octobre, après deux livraisons de Boeing 737 MAX 8 fin septembre. Cette expansion se lit dans les mouvements d’avions et les programmes de vols. Sa traduction dans les comptes, en revanche, reste à établir.
Dans un article du 24 octobre, Atlasinfo évoque une hausse de 150 % des bénéfices sur un an, à plus de deux milliards de dirhams, et 3,5 milliards de dirhams d’investissements. Mais le média précise lui-même que ces chiffres n’ont pas été recoupés et que la période comptable n’est pas indiquée. Il ne s’agit donc pas de résultats officiels permettant de mesurer la rentabilité actuelle du développement annoncé.
Des résultats documentés pour 2024, un bond récent non confirmé
Le rapport officiel sur les établissements et entreprises publics joint au projet de loi de finances 2026 permet de replacer cette annonce dans son contexte. Le ministère marocain des Finances a aussi mis en ligne le rapport accompagnant le PLF 2027 le 23 octobre 2026 ; cette publication ne constitue pas, à elle seule, une confirmation des bénéfices avancés par Atlasinfo. Pour 2024, il indique un chiffre d’affaires de 19,944 milliards de dirhams. Le commentaire financier fait état de 473 millions de dirhams de résultat net, en hausse de 7 %, et de 605 millions de résultat d’exploitation. Il mentionne une marge nette de 2,4 %. Une autre fiche du même ensemble documentaire donne toutefois 821 millions de dirhams de résultat net selon une présentation IFRS. Ces montants ne doivent pas être confondus, et les informations disponibles ne permettent pas d’expliquer précisément leur écart.
Dans une analyse publiée le 12 octobre, Médias24 rapporte qu’un consultant du secteur aérien anticipe un exercice 2025-2026 proche de l’équilibre à sa clôture le 31 octobre. Il souligne le risque que le renchérissement du kérosène ferait peser sur les exercices suivants. Il s’agit d’une prévision extérieure, pas de comptes certifiés. Mais elle contraste avec le montant de bénéfices relayé par Atlasinfo. Les deux informations peuvent concerner des périodes ou des indicateurs distincts : aucun document identifié ne permet de trancher.
Les données connues pour 2024 montrent une entreprise bénéficiaire, mais elles ne permettent pas de confirmer le bond évoqué en octobre 2026. Les livraisons d’appareils et les fréquences supplémentaires, elles, peuvent être décrites sans attendre la publication de nouveaux comptes.
Des appareils déjà livrés, d’autres encore attendus
Sur le terrain, cette expansion prend déjà la forme de nouvelles livraisons. Le 21 octobre, l’Embraer E190 CN-RIA a atterri à Casablanca depuis Exeter, au Royaume-Uni. Cet appareil, livré initialement à Kenya Airways en 2011 sous l’immatriculation 5Y-KYQ, rejoint Royal Air Maroc par l’intermédiaire d’un contrat de location avec Azorra Aviation, après des opérations de maintenance chez Exeter Aerospace. Ce n’est pas un avion neuf. Un second E190, immatriculé CN-RHW, est attendu mais ne doit pas être compté comme livré. Une fois les deux avions intégrés, la compagnie devrait disposer de six E190.
Leur capacité plus réduite que celle des Boeing 737 peut convenir à des liaisons où la demande ne justifie pas un appareil plus grand. Ils participent aussi à la densification du réseau qui alimente les correspondances à Casablanca.
Les Boeing ont également renforcé la flotte. Les 737 MAX 8 CN-RHS et CN-RHT sont arrivés fin septembre, portant à vingt le nombre d’appareils de cette famille. Royal Air Maroc a franchi le seuil de 70 avions à la fin du mois, puis atteint 71 appareils début octobre selon les décomptes publiés alors. Ce total est un repère daté, antérieur à l’arrivée du CN-RIA, et non un inventaire actualisé. En août, le Boeing 787-8 Dreamliner CN-RHV avait rejoint la flotte, portant alors à treize le nombre de Dreamliner recensés.
Chaque famille d’appareils occupe une place dans le réseau : les avions régionaux et moyen-courriers alimentent Casablanca, tandis que les Dreamliner relient le hub aux destinations intercontinentales. La coordination des rotations à Casablanca sera déterminante pour absorber les fréquences supplémentaires sans dégrader les correspondances.
Toronto, São Paulo et Pékin doivent gagner en fréquence
D’après les modifications de programmes suivies par Aeroroutes et rapportées par Bladi, Royal Air Maroc prévoit trois renforcements au départ de Casablanca. Toronto doit passer de trois à quatre vols hebdomadaires le 26 octobre, São Paulo de quatre à cinq le 28 octobre et Pékin-Daxing de trois à quatre le 29 octobre. Des Boeing 787-9 sont prévus sur la liaison vers Pékin. Ces augmentations étaient initialement envisagées pour l’été 2027, avant d’être avancées à l’hiver 2026-2027 dans des programmes publiés en juin.
Il ne s’agit pas de trois nouvelles destinations, mais de l’augmentation de la fréquence de lignes existantes. L’exécution des horaires annoncés reste à vérifier à leur date de prise d’effet. Pour les passagers, davantage de rotations pourraient offrir plus de choix et de meilleures correspondances vers l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Asie. Pour la compagnie, elles créent des possibilités de recettes, mais aussi des dépenses supplémentaires de carburant, de personnel, de maintenance et de services aéroportuaires. Leur succès dépendra du remplissage et du revenu moyen obtenu.
Une ambition de 200 avions qui doit se financer
Le contrat-programme conclu avec l’État marocain pour la période 2023-2037 prévoit de porter la flotte à 200 avions et de transporter environ 31,6 millions de passagers annuels. Il accompagne un développement du réseau international et intérieur, avec Casablanca au centre du dispositif. Les achats et locations doivent se poursuivre, tandis que les premières livraisons liées à l’appel d’offres majeur sont attendues à partir de 2028.
Les appareils déjà arrivés et les renforcements de vols annoncés rendent le développement de Royal Air Maroc concret. Mais les recettes et les coûts supplémentaires de cette montée en puissance ne pourront être appréciés qu’à partir de résultats publiés et comparables. Le bénéfice supérieur à deux milliards de dirhams évoqué le 24 octobre ne constitue pas, à ce jour, cette preuve.




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