Royal Air Maroc pourrait-elle bientôt renouer avec Airbus ? Alors que la compagnie marocaine prépare la plus importante transformation de flotte de son histoire, le constructeur européen reste dans la course face à Boeing et Embraer. Une hypothèse qui a pris une dimension particulière depuis que Reuters a évoqué une possible commande d’environ 20 Airbus A220.
À ce jour, aucune commande ferme d’Airbus par Royal Air Maroc n’a toutefois été annoncée. L’enjeu est donc de distinguer clairement ce qui est confirmé de ce qui relève encore des négociations.
Une piste A220 sérieuse, mais toujours non confirmée
En juin 2025, Reuters rapportait, en citant des sources industrielles proches du dossier, qu’Airbus préparait une percée chez Royal Air Maroc avec une commande potentielle d’environ 20 A220. Une telle opération constituerait le premier contrat direct d’Airbus avec la compagnie marocaine depuis près d’un quart de siècle.
La dernière commande directe connue de RAM auprès d’Airbus remonte à 2001, lorsque la compagnie avait commandé quatre A321. Depuis, Boeing s’est imposé comme le partenaire dominant de Royal Air Maroc sur les segments moyen et long-courriers.
Mais cette hypothèse n’a jamais été officialisée. Airbus, Boeing et Royal Air Maroc avaient refusé de commenter les négociations au moment des révélations de Reuters.
Un appel d’offres qui pourrait remodeler toute la flotte
Royal Air Maroc a lancé en avril 2024 un vaste appel d’offres destiné à accompagner sa croissance à long terme. Le programme peut conduire la compagnie à exploiter jusqu’à 200 appareils à l’horizon 2037.
Le PDG de RAM, Abdelhamid Addou, a confirmé fin 2025 que les offres de Boeing, Airbus et Embraer continuaient d’être évaluées. Environ un quart des futurs appareils devraient être des gros-porteurs et les trois quarts des monocouloirs. Les premières livraisons issues de ce programme sont attendues à partir de 2028, à un rythme moyen d’environ 15 avions par an.
Dans l’intervalle, Royal Air Maroc poursuit son développement en s’appuyant notamment sur des appareils loués afin d’augmenter rapidement ses capacités.
Pourquoi l’A220 aurait du sens chez Royal Air Maroc
L’A220 occupe un créneau différent de celui du Boeing 737 MAX déjà utilisé par RAM. Conçu pour le segment d’environ 100 à 160 passagers selon les configurations, il pourrait permettre à la compagnie de renforcer des lignes à demande intermédiaire tout en conservant des fréquences élevées.
Ce positionnement correspond particulièrement bien à une stratégie de hub. Royal Air Maroc cherche à alimenter Casablanca depuis un nombre croissant de villes africaines et européennes, puis à redistribuer les passagers vers l’Europe, les Amériques, le Moyen-Orient et l’Afrique.
L’A220 pourrait ainsi trouver sa place sur certaines liaisons où un 737 est trop capacitaire, tout en offrant davantage de rayon d’action et de confort qu’un jet régional traditionnel.
Un possible successeur aux Embraer 190
Royal Air Maroc exploite également des Embraer 190. L’arrivée éventuelle de l’A220 pourrait donc répondre à une question plus large : celle du renouvellement du bas de la flotte à réaction.
Dans ce segment, Airbus et Embraer proposent deux philosophies différentes. L’A220 donnerait à RAM un appareil de capacité intermédiaire pouvant progressivement compléter, voire remplacer certaines missions aujourd’hui assurées par les E190, sans obliger la compagnie à employer systématiquement un 737.
Embraer reste toutefois lui aussi candidat au programme de flotte de Royal Air Maroc. Aucun choix définitif n’a été annoncé.
Boeing resterait malgré tout en position de force
Un retour d’Airbus ne signifierait pas nécessairement une rupture avec Boeing. Les informations publiées autour du dossier indiquent au contraire que Boeing pourrait conserver la majorité des commandes, notamment autour des familles 737 MAX et 787 Dreamliner.
Royal Air Maroc dispose déjà d’une importante expérience opérationnelle avec ces deux familles. Le 787 est au cœur du développement long-courrier de la compagnie, tandis que le 737 constitue depuis longtemps l’ossature de son réseau moyen-courrier.
L’hypothèse la plus crédible reste donc celle d’une future flotte répartie entre plusieurs constructeurs, Airbus pouvant obtenir une place ciblée plutôt que remplacer Boeing.
Airbus pourrait-il aller plus loin que l’A220 ?
Si Airbus parvenait à revenir chez Royal Air Maroc, une autre question se poserait rapidement : l’A220 serait-il une opération isolée ou le début d’une relation plus large ?
Sur le papier, l’A321neo pourrait correspondre à certaines lignes européennes, africaines ou moyen-courriers à forte demande. Sur le long-courrier, l’A350 constituerait également une alternative possible au 787.
Mais rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que RAM envisage de commander ces modèles. Les informations disponibles concernent essentiellement la possible ouverture faite à l’A220 et la participation d’Airbus à l’appel d’offres global. Toute projection au-delà doit donc rester hypothétique.
Une décision stratégique pour Casablanca et le Maroc
Le choix des futurs avions de Royal Air Maroc est directement lié à la transformation du hub de Casablanca. La compagnie veut accroître fortement ses capacités de correspondance entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques, tandis que les infrastructures aéroportuaires marocaines sont elles aussi appelées à changer d’échelle avant la Coupe du monde 2030.
La décision dépassera donc la seule comparaison technique entre avions. Prix d’acquisition, disponibilité des créneaux de production, financement, coûts d’exploitation, formation des équipages, maintenance et partenariats industriels pèseront tous dans le choix final.
Un retour possible, pas encore une commande
Pour l’heure, écrire que « Royal Air Maroc a commandé des Airbus » serait prématuré. En revanche, l’hypothèse d’un retour d’Airbus dans la flotte marocaine est suffisamment documentée pour être prise au sérieux.
Reuters a fait état d’une piste portant sur une vingtaine d’A220 et Royal Air Maroc a confirmé qu’Airbus reste parmi les constructeurs évalués dans son vaste programme d’expansion. Tant qu’aucune annonce officielle n’est faite, l’incertitude demeure.
Mais si l’A220 rejoint effectivement Royal Air Maroc, l’événement serait symbolique : il marquerait le retour d’Airbus dans une flotte commerciale devenue presque entièrement Boeing et ouvrirait peut-être une nouvelle étape dans la stratégie industrielle de la compagnie.
Sources principales
Reuters — Airbus seeks to encroach on Royal Air Maroc’s Boeing fleet renewal, sources say
Reuters — Royal Air Maroc to receive first aircraft from 2028, CEO says
Airbus — Famille A220
Illustration : Airbus A220-300 en livrée Airbus. Photo : Steve Lynes / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0.
Chaque dimanche, AeroSillage sélectionne 5 informations, enquêtes et analyses à retenir. Pas de remplissage, pas de spam.
Recevoir la newsletter




Laisser un commentaire