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Algérie : les crises diplomatiques jusque dans l’espace aérien

Maroc, France, Mali, Émirats : retour sur les fermetures et restrictions de l’espace aérien algérien depuis 2021.

Contrôleur aérien dans la tour de contrôle de l’aéroport de Zurich
Contrôleur aérien de Skyguide dans la tour de contrôle de l’aéroport de Zurich. Photo : Petar Marjanovic / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Image recadrée au format AeroSillage.

Une frontière aérienne peut se fermer sans que les avions aient changé de destination : une décision diplomatique suffit parfois à transformer la route d’un vol, son temps de parcours et son coût. L’Algérie en a fait l’un des instruments de ses différends bilatéraux depuis 2021. Depuis 2021, l’Algérie a à plusieurs reprises limité ou fermé son espace aérien à des appareils liés à des États avec lesquels ses relations venaient de se dégrader. Le Maroc, la France, le Mali et désormais les Émirats arabes unis ont tous été concernés, à des degrés différents.

Ces décisions relèvent évidemment de la souveraineté nationale et peuvent répondre à des impératifs de sécurité. Leur répétition montre surtout que l’accès à l’espace aérien peut désormais faire partie des mesures prises par Alger lors de certaines crises bilatérales.

Des décisions diplomatiques aux conséquences opérationnelles

Le 22 septembre 2021, moins d’un mois après la rupture des relations diplomatiques avec Rabat, Alger décidait la fermeture immédiate de son espace aérien à tous les avions civils et militaires marocains ainsi qu’aux appareils immatriculés au Maroc.

La présidence algérienne justifiait alors cette mesure par la poursuite de ce qu’elle qualifiait de « provocations » et de « pratiques hostiles » du Maroc. Dans les faits, la mesure obligeait notamment certains vols de Royal Air Maroc à contourner l’Algérie pour rejoindre la Tunisie, l’Égypte, la Turquie ou d’autres destinations situées à l’est du Maghreb.

Cette fermeture est durable : elle a encore produit des conséquences concrètes lors d’événements sportifs organisés en Algérie, en compliquant notamment l’acheminement direct de délégations marocaines.

Quelques semaines plus tard, la France militaire visée

Début octobre 2021, dans un contexte de forte tension entre Alger et Paris, l’Algérie interdisait le survol de son territoire aux avions militaires français. La mesure intervenait après une série de différends portant sur les visas, l’immigration et des propos attribués au président Emmanuel Macron sur l’histoire et le système politique algériens.

La restriction ne concernait pas l’ensemble de l’aviation civile française, mais elle était symboliquement forte : les appareils militaires français utilisant l’espace algérien pour certaines opérations vers le Sahel devaient modifier leur planification.

2025 : le Mali et la fermeture réciproque

En avril 2025, une nouvelle crise éclatait avec le Mali après la destruction par l’armée algérienne d’un drone malien près de la frontière. Alger affirmait que l’appareil avait pénétré son espace aérien, ce que Bamako contestait.

Le 7 avril, l’Algérie décidait alors de fermer son espace aérien au trafic en provenance ou à destination du Mali, invoquant des violations répétées. Bamako répliquait en fermant à son tour son espace aérien aux appareils algériens.

L’épisode est important car il montre que la fermeture du ciel n’est plus seulement utilisée dans les relations avec un rival historique comme le Maroc : elle peut intervenir très rapidement dans une crise régionale ponctuelle. Les deux pays ont finalement rouvert leurs espaces aériens et rétabli leurs ambassadeurs en 2026.

2026 : les Émirats arabes unis à leur tour

Le 10 septembre 2026, après avoir rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, Alger annonçait une nouvelle fermeture ciblée de son espace aérien. À compter du 11 septembre à minuit, les aéronefs civils et militaires immatriculés aux Émirats, en provenance ou à destination de ce pays, ne peuvent plus utiliser l’espace aérien algérien.

Une exception temporaire a été prévue pour les vols commerciaux émiratis desservant Alger, autorisés jusqu’à la fin de l’année 2026. Mais pour plusieurs liaisons d’Emirates et d’Etihad vers le Maroc, le Portugal ou l’Espagne, la décision impose ou peut imposer des contournements et donc des temps de vol supplémentaires.

Un outil diplomatique devenu récurrent

Il serait excessif d’affirmer que l’Algérie ferme automatiquement son espace aérien à chaque désaccord. Toutes les crises diplomatiques n’ont pas débouché sur une telle mesure et les restrictions adoptées ne sont pas toutes de même nature. Le cas français de 2021, par exemple, visait les avions militaires et non les vols commerciaux.

En revanche, ces quatre épisodes montrent qu’une fermeture ou une restriction de l’espace aérien peut faire partie des mesures prises par Alger lorsqu’une relation bilatérale se dégrade fortement.

Ce choix présente un avantage évident pour un État : il est immédiat, visible et juridiquement placé au cœur de la souveraineté territoriale. Mais il a aussi un coût. Les compagnies aériennes doivent recalculer leurs routes, embarquer davantage de carburant, absorber des temps de vol plus longs et parfois réorganiser entièrement certaines dessertes.

La géographie donne du poids à ces décisions

L’Algérie dispose d’un immense territoire, le plus vaste d’Afrique, situé entre la Méditerranée et le Sahel. Son espace aérien se trouve sur plusieurs axes naturels reliant l’Europe, l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest et le Moyen-Orient.

Cette géographie donne à une fermeture ciblée un effet qui dépasse largement la seule relation bilatérale. Une décision diplomatique prise à Alger peut se traduire, plusieurs milliers de kilomètres plus loin, par une nouvelle route aérienne, des dizaines de minutes de vol supplémentaires et une consommation de carburant accrue.

L’épisode avec les Émirats arabes unis illustre ainsi une nouvelle fois la manière dont une crise diplomatique peut produire des effets très concrets sur les routes aériennes.

Sources principales : fermeture aux appareils marocains, septembre 2021 ; restriction des survols militaires français, octobre 2021 ; ministère algérien de la Défense: réouverture avec le Mali, juillet 2026 ; Reuters: rupture avec les Émirats arabes unis et fermeture ciblée de l’espace aérien, 10 septembre 2026.

Photo : contrôleur aérien de Skyguide dans la tour de contrôle de l’aéroport de Zurich: Petar Marjanovic / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Image recadrée au format AeroSillage.

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