Sur une carte, certaines trajectoires aériennes donnent l’impression qu’un avion fait un détour inutile. Pourtant, ces routes sont rarement choisies au hasard. Entre la forme de la Terre, les vents, les espaces aériens fermés et les contraintes du contrôle aérien, le chemin le plus court n’est pas toujours celui qui paraît le plus direct.

Lorsqu’on suit un vol sur une application ou sur l’écran de divertissement à bord, une question revient souvent : pourquoi l’avion ne trace-t-il pas simplement une ligne droite entre son point de départ et sa destination ?

La première explication est géographique. La Terre est sphérique, alors que les cartes que nous consultons sont plates. Sur un globe, la route la plus courte entre deux points suit ce que l’on appelle un grand cercle. Une fois projetée sur une carte plane, cette trajectoire peut donner l’impression de former une grande courbe vers le nord ou vers le sud.

C’est particulièrement visible sur certaines liaisons long-courriers. Un trajet entre l’Europe et l’Amérique du Nord peut ainsi remonter vers l’Islande, le Groenland ou le Canada sans que l’avion fasse réellement un détour aussi important qu’il y paraît.

Le vent peut rendre un détour plus rapide

La distance n’est toutefois qu’une partie du problème. À haute altitude, les avions évoluent dans une atmosphère où les vents peuvent être très puissants.

Le phénomène le plus connu est le jet-stream, un courant d’air rapide qui circule généralement d’ouest en est. Les avions volant dans le même sens peuvent profiter de ce vent arrière pour augmenter leur vitesse par rapport au sol. À l’inverse, un avion volant face au courant cherchera parfois à l’éviter.

Cela signifie qu’une route légèrement plus longue en kilomètres peut finalement permettre d’arriver plus tôt et de consommer moins de carburant. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles un Paris-New York et un New York-Paris n’ont pas forcément la même durée, alors qu’ils relient exactement les mêmes aéroports.

Le ciel n’est pas entièrement libre

Un avion de ligne ne peut pas non plus traverser n’importe quelle portion du ciel. Certaines zones sont interdites ou temporairement fermées. D’autres sont réservées à des activités militaires, soumises à des restrictions particulières ou rendues indisponibles en raison d’un conflit, d’un événement majeur ou d’une décision des autorités.

Les plans de vol doivent donc tenir compte de la disponibilité réelle de l’espace aérien. En Europe, EUROCONTROL coordonne un vaste réseau de routes et de procédures afin d’organiser le trafic et de maintenir la sécurité.

Des routes aériennes qui ressemblent à des autoroutes

Pendant des décennies, une grande partie du trafic aérien a suivi un réseau de voies prédéfinies reliant des points de navigation. Le fonctionnement ressemble, dans une certaine mesure, à celui d’un réseau autoroutier : les avions entrent et sortent de certaines routes à des points précis afin d’organiser le trafic et de faciliter le travail des contrôleurs.

La situation évolue cependant avec le développement du Free Route Airspace. Dans ces zones, les compagnies peuvent concevoir des trajectoires plus directes entre différents points, sans être obligées de suivre entièrement le réseau traditionnel de routes aériennes.

La météo peut changer une trajectoire en quelques heures

Les orages, les turbulences, les vents violents ou certaines zones de givrage peuvent également modifier une route prévue.

Une compagnie peut choisir de contourner une importante cellule orageuse plutôt que de la traverser. Sur un écran de suivi de vol, le passager verra alors parfois l’appareil effectuer une déviation très nette. Les conditions peuvent aussi changer alors que l’avion est déjà en vol : le contrôle aérien peut proposer ou imposer une nouvelle trajectoire pour éviter une zone météo ou fluidifier le trafic.

Les compagnies cherchent surtout la route la plus efficace

Pour une compagnie aérienne, la meilleure route n’est donc pas nécessairement la plus courte sur une carte.

Les systèmes de préparation des vols prennent simultanément en compte la distance, les vents, la consommation de carburant, les restrictions de l’espace aérien, la météo et le trafic. Il peut donc être parfaitement rationnel de parcourir quelques dizaines de kilomètres supplémentaires si cela permet de profiter d’un vent favorable ou d’éviter une zone congestionnée.

Pour les passagers, le résultat peut sembler étrange : un avion semble parfois partir « dans la mauvaise direction » avant de rejoindre sa destination. En réalité, derrière cette trajectoire se cache généralement un calcul beaucoup plus complexe qu’une simple ligne tracée entre deux villes.

Sources

FAA – Aeronautical Information Manual
NOAA – What is the jet stream?
EUROCONTROL – Free Route Airspace

Illustration : Stefan Cosma / Unsplash.

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