Depuis le 16 septembre, plusieurs sources font état d’une consigne imposant aux compagnies aériennes de refuser l’embarquement vers le Maroc aux ressortissants algériens ne disposant pas d’une carte de résidence marocaine valide. Air France aurait commencé à appliquer cette instruction à Alger et Oran. À ce stade, Rabat n’a toutefois publié aucun communiqué officiel annonçant une interdiction générale d’entrée visant les Algériens.

Selon TSA Algérie, qui affirme avoir eu accès à une instruction adressée aux équipes d’Air France, les passagers de nationalité algérienne souhaitant se rendre au Maroc seraient désormais soumis à une vérification spécifique avant l’embarquement. Les voyageurs ne pouvant présenter une carte de résident marocaine valide pourraient se voir refuser l’accès à bord. La même source indique qu’Air France a demandé à ses équipes d’Alger et d’Oran d’appliquer la consigne en urgence.

Le transporteur a un intérêt direct à contrôler l’admissibilité au départ : lorsqu’un passager est déclaré inadmissible à l’arrivée, la compagnie peut être tenue d’assurer son réacheminement. Plusieurs médias algériens rapportent déjà des refus d’embarquement, tandis que les autorités marocaines n’ont pas encore communiqué publiquement sur la portée exacte de la mesure.

Pourquoi Air France est-elle concernée ?

Air France ne relie pas directement l’Algérie au Maroc. Elle peut néanmoins transporter des voyageurs algériens vers Casablanca, Marrakech ou d’autres villes marocaines avec correspondance à Paris. Un passager peut par exemple effectuer Alger–Paris puis Paris–Casablanca sur un même itinéraire commercial.

Cette situation prend une importance particulière dans le contexte actuel : il n’existe plus de liaisons aériennes directes entre l’Algérie et le Maroc. Les voyageurs utilisent donc des itinéraires avec correspondance, notamment via la France. Cela explique pourquoi les équipes d’Air France à Alger et Oran peuvent recevoir des instructions relatives aux conditions d’admission finales au Maroc.

Une mesure après un premier durcissement

Cette nouvelle restriction intervient après plusieurs signalements de contrôles renforcés à l’arrivée au Maroc. En août, TSA Algérie avait rapporté des refoulements de voyageurs algériens et tunisiens à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, avec notamment des exigences portant sur un billet retour et une réservation d’hébergement.

Le contexte migratoire est également avancé par plusieurs sources régionales pour expliquer le durcissement des contrôles. L’été 2026 a été marqué par une crise migratoire majeure à Ceuta, où des dizaines de milliers de personnes ont franchi irrégulièrement la frontière depuis le Maroc. Aucune communication officielle marocaine ne permet toutefois, à cette heure, d’affirmer que la restriction signalée le 16 septembre a été décidée spécifiquement pour cette raison.

Des relations algéro-marocaines rompues depuis 2021

La mesure intervient dans une relation bilatérale dégradée depuis plusieurs années. Le 24 août 2021, l’Algérie a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec le Maroc, en invoquant des « actes hostiles ». Le Maroc avait alors qualifié cette décision d’injustifiée. Cette rupture est largement documentée, notamment par Le Monde.

Dans la foulée, Alger a fermé son espace aérien aux avions civils et militaires marocains ainsi qu’aux appareils immatriculés au Maroc. Cette interdiction a contraint Royal Air Maroc à contourner le territoire algérien sur plusieurs liaisons vers l’est et demeure l’un des symboles les plus visibles de la rupture entre les deux voisins.

La situation s’est encore tendue le 26 septembre 2024, lorsque l’Algérie a rétabli l’obligation de visa pour les détenteurs de passeports marocains. Dans son communiqué officiel, Alger avait invoqué notamment le crime organisé, le trafic de drogue et d’êtres humains, la contrebande, l’immigration clandestine et des actes d’espionnage. Ces accusations avaient été rejetées par Rabat. Le rétablissement du visa avait également été confirmé par Reuters.

Pas encore d’annonce officielle de Rabat

Le principal point de prudence reste l’absence, à cette heure, d’un communiqué public marocain annonçant formellement une interdiction générale d’entrée pour les ressortissants algériens non-résidents.

Les informations disponibles reposent essentiellement sur des instructions rapportées comme ayant été communiquées aux transporteurs et sur leur application opérationnelle. Visa Algérie souligne également le silence des autorités marocaines sur cette nouvelle procédure.

En attendant une confirmation officielle, il convient donc de parler d’une restriction d’entrée signalée et appliquée par des transporteurs, plutôt que d’une interdiction générale officiellement proclamée par le Maroc.

Illustration : contrôle de documents par la police marocaine à l’aéroport Mohammed V de Casablanca. Source : Bladi.net.

Ne manquez pas l’essentiel de l’aviation.

Chaque dimanche, AeroSillage sélectionne 5 informations, enquêtes et analyses à retenir. Pas de remplissage, pas de spam.

Recevoir la newsletter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

AeroSillage le dimanche : 5 sujets aviation à retenir.Je m’abonne
L’aviation, sans le bruit.

Recevez chaque dimanche les 5 sujets AeroSillage à retenir.

Découvrir la newsletter