Quatre ans après le bouleversement du leasing aéronautique provoqué par les sanctions occidentales contre la Russie, les conséquences judiciaires continuent de se matérialiser. easyJet est poursuivie devant la Haute Cour de Londres pour au moins 72 millions de dollars par STLC Europe Eight, une filiale irlandaise liée au loueur public russe GTLK. Le litige porte sur six Airbus que la compagnie britannique avait loués avant de mettre fin aux contrats au printemps 2022.
Six Airbus laissés à Madrid et Larnaca
Selon la procédure rapportée le 8 septembre par le Financial Times puis Reuters, easyJet avait immobilisé les six appareils à Madrid et à Larnaca, à Chypre. En avril 2022, la compagnie avait informé le loueur qu’elle mettait fin aux contrats, estimant que les sanctions européennes adoptées après l’invasion de l’Ukraine l’empêchaient notamment d’entretenir ou de réparer les avions.
STLC Europe Eight conteste cette interprétation. Ses représentants soutiennent que les sanctions invoquées ne permettaient pas à easyJet de se retirer ainsi des contrats, notamment parce que les avions se trouvaient hors de Russie et que l’entité propriétaire était établie en Irlande.
Plus de 36 millions de dollars de loyers réclamés
Le montant demandé à easyJet se compose de plusieurs postes. STLC réclame au moins 36,7 millions de dollars de loyers impayés et d’intérêts. S’y ajoutent au moins 32,5 millions de dollars correspondant à la perte de valeur alléguée de certains appareils et environ 2,8 millions d’euros de frais aéroportuaires.
Le total pourrait encore augmenter, car les pertes associées aux trois avions restés à Madrid n’auraient pas encore été entièrement chiffrées.
Trois avions récupérés à Chypre puis revendus
Trois des six Airbus, stationnés à Larnaca, ont finalement pu être repris par le propriétaire et revendus. Selon la plainte, leur état aurait toutefois conduit à une valeur de cession inférieure d’au moins 32,5 millions de dollars à celle attendue.
Les trois autres appareils se trouveraient toujours à Madrid et n’auraient pas encore été vendus. La question de leur état, des coûts accumulés et de leur valeur résiduelle pourrait donc peser lourdement dans le calcul final du préjudice si la responsabilité d’easyJet était retenue.
easyJet conteste la demande
La compagnie britannique n’a pas encore présenté publiquement le détail de sa défense. Elle a néanmoins indiqué qu’elle entendait contester intégralement la demande. À ce stade, les griefs formulés par STLC restent donc des allégations soumises à l’examen de la justice britannique et aucune responsabilité d’easyJet n’a été établie.
Le cœur du dossier devrait notamment porter sur l’interprétation des sanctions européennes applicables en 2022 et sur leurs conséquences concrètes pour les obligations contractuelles de la compagnie.
Le leasing aéronautique toujours marqué par 2022
L’affaire dépasse le seul cas d’easyJet. L’invasion de l’Ukraine et les sanctions qui ont suivi avaient provoqué une crise sans précédent dans le financement et la location d’avions. Des centaines d’appareils appartenant à des sociétés de leasing étrangères avaient été concernés par des résiliations de contrats, des immobilisations ou des difficultés de récupération.
Depuis, une succession de procédures oppose compagnies, loueurs, assureurs et réassureurs. Les tribunaux doivent déterminer qui supporte financièrement les pertes lorsque les sanctions, les décisions gouvernementales et l’impossibilité pratique de récupérer ou d’exploiter certains appareils rendent l’exécution normale des contrats impossible.
Un précédent de plus d’un milliard de dollars
La Haute Cour de Londres est déjà devenue l’un des principaux théâtres de ces contentieux. Dans une autre affaire majeure liée aux avions restés en Russie, des assureurs avaient été condamnés à indemniser le géant du leasing AerCap à hauteur de plus d’un milliard de dollars.
Le dossier easyJet est différent puisque les six Airbus concernés étaient stationnés en Espagne et à Chypre. Mais il illustre la même question de fond : quatre ans après le déclenchement de la guerre, le secteur aéronautique continue de déterminer juridiquement et financièrement qui doit supporter les conséquences des ruptures de contrats provoquées par les sanctions.
Un risque financier encore difficile à mesurer
Pour easyJet, une demande de 72 millions de dollars reste limitée à l’échelle du groupe mais suffisamment importante pour être suivie. Le montant définitif pourrait évoluer en fonction du sort des trois appareils de Madrid et de la décision de la Haute Cour.
Pour l’industrie, le dossier rappelle surtout que les effets de la crise de 2022 ne se limitent plus aux avions physiquement immobilisés. Ils se déplacent désormais vers les tribunaux, où se joue progressivement la répartition de plusieurs milliards de dollars de pertes entre les différents acteurs du transport aérien et du leasing.
Sources
Financial Times — 8 septembre 2026, procédure engagée devant la Haute Cour de Londres par STLC Europe Eight.
Reuters — 8 septembre 2026, demande d’au moins 72 millions de dollars visant easyJet et éléments relatifs aux six Airbus concernés.


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