Air Sénégal reste l’un des dossiers les plus sensibles du transport aérien ouest-africain. La compagnie a reconnu une situation financière lourdement dégradée, mais affirme que les premières mesures de restructuration commencent à produire des résultats.
118 milliards de FCFA de dette héritée
Dans une communication officielle, la compagnie a détaillé une dette héritée estimée à 118 milliards de francs CFA, dont 52 milliards envers des acteurs privés et 66 milliards envers le secteur public. Les pertes cumulées pour les exercices 2022 et 2023 ont atteint 139 milliards de FCFA.
La situation opérationnelle était elle aussi préoccupante : la flotte effectivement disponible représentait environ la moitié de la capacité initiale. Pour une compagnie dont le modèle repose sur un mélange de réseau régional, domestique et long-courrier, cette faible disponibilité a fortement pesé sur la régularité et les coûts.
Réduire les coûts avant de repartir
Le plan de redressement s’est d’abord concentré sur la maîtrise des dépenses. Air Sénégal indique avoir réduit ses charges opérationnelles et amélioré son déficit entre 2024 et 2025. Les économies mensuelles se comptent désormais en milliards de FCFA, selon les chiffres communiqués par l’entreprise.
Cette discipline est indispensable avant toute nouvelle phase d’expansion. Plusieurs compagnies africaines ont déjà connu le même piège : ouvrir rapidement des routes prestigieuses sans disposer d’un niveau de capitalisation, d’une flotte disponible ou d’une base de clientèle suffisants pour absorber les coûts de lancement.
La flotte reste le cœur du problème
Air Sénégal exploite des Airbus A330neo pour ses missions long-courriers et cherche parallèlement à reconstruire une flotte monocouloir plus robuste. Le projet d’acquisition de Boeing 737 MAX doit permettre à terme de standardiser davantage le moyen-courrier, tout en améliorant les performances sur les marchés africains, européens et du Moyen-Orient.
La compagnie doit néanmoins éviter de reproduire une croissance trop rapide. Le véritable indicateur à suivre n’est pas seulement le nombre d’avions commandés, mais leur taux d’utilisation, la disponibilité technique, la ponctualité et la capacité à remplir les vols à des tarifs compatibles avec la structure de coûts.
Un transporteur important pour le Sénégal
Malgré ses difficultés, Air Sénégal reste stratégique. Dakar dispose d’un positionnement géographique intéressant entre l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et l’Amérique du Nord. L’aéroport Blaise-Diagne peut devenir un point de correspondance régional solide à condition que la compagnie nationale retrouve une exploitation stable.
Le redressement ne se jouera donc pas sur une annonce spectaculaire, mais sur plusieurs années de discipline opérationnelle et financière. Les premiers résultats sont encourageants ; ils doivent encore être consolidés.
Sources : Air Sénégal – communication sur la situation et le plan de relance ; Air Sénégal / Boeing – projet de flotte 737-8.


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